Critique: LES FURTIFS, roman de Alain Damasio

Critique toute personnelle (garantie zéro spoiler inside).

J’ai attaqué ce roman la fleur au fusil et les convictions en bandoulière, laissant avec joie les réticences teintées de mauvaise foi que j’avais pu avoir à la lecture de la Horde du contrevent, à peine commencé, jamais fini.
Cette fois j’ai été séduit par des critiques enthousiastes, emporté par la voix de Damasio lors d’interviews brillantes, héraut de visions politiques et philosophiques que je partage, une voix plus fragile que dans mon souvenir, mûrie de doutes et d’introspection qui me touchent.
Ce livre est plus qu’un livre, bien qu’il propose déjà d’un simple point de vue littéraire une innovation formelle impressionnante qui pourrait se suffire à elle-même.
Mais Damasio va plus loin comme il en a l’habitude, prolongeant et enrichissant son œuvre en musique, en podcasts bruitistes, en feuilletons radiophoniques. Singularité, plan de com’ bien aiguisé, peu importe s’ils font bon ménage.
Le premier chapitre offre une entrée en matière sur les chapeaux de roue, pas le temps de souffler, joie et émerveillement du lecteur largué sans parachute dans le présent d’un futur délicieusement déstabilisant, action tempo 160 bpm (ou Battements Par Mots?), l’idée matrice se ramifie jusque dans la langue, dans l’objet-livre lui-même, dans la phrase, le mot, consonnes et voyelles sifflent éructent et rayonnent au delà du sens unique – la promesse d’un récit puissant est là, ce n’est qu’un début – je salive.
Cette promesse à mon sens seule la science-fiction peut la tenir, gestalt littéraire total où forme et fond se subliment en un troisième œil visionnaire.
Puis plus rien, ou presque. Ou alors une répétition des mêmes schémas, d’une pensée qui se fige dans ses certitudes, qui n’arrive pas à s’oublier ou à se dépasser, dans une intrigue, dans des personnages.
Une langue qui s’écoute et se regarde, admirative, en circuit fermé, enchaine les jeux de mots chocs qui s’avalent comme un collier de bonbons boostés aux édulcorants (un comble pour un écrivain qui défend une vision du monde écolo!) sans aucune longueur en bouche – sans aucune autre dimension que le plaisir immédiat, sans rebond, sans élasticité.
Pourquoi pas?
Mais alors quel étrange et indigeste mariage que celui d’une intrigue simpliste avec des tartines de pensées philosophiques et politiques! Toute autre dimension est écrasée sous ce rouleau compresseur idéologique- la dimension romanesque par exemple.

C’est peut être meme ça le principal problème de ce roman, le plaisir facile, comme une discussion entre militants complices qui ne cherchent qu’une approbation réciproque à coup de grandes et belles idées humanistes, précisément difficilement critiquables, et qui restent dans le confort d’un entre soi rassurant. On manque d’air les fenêtres fermées.
Ce qui dans le cas d’un essai, d’un pamphlet, ou d’une interview comme sais si bien le faire Damasio peut se justifier – livrer ses idées sans masque, sans distance, les bazooker sur l’ennemi – ne fonctionne pas dans un roman où l’idéologie sans retenue devient un boulet qui enchaine toute action, tout personnage, assujetti à un seul objectif, convaincre les convaincus – objectif du coup peu vain.

Je ne défends absolument pas l’idée qu’un écrivain ne peut être politique, au contraire (Orwell? Ballard? Wolf? Dick?), mais un roman c’est d’abord une histoire, qui à mon sens véhicule une vision du monde d’autant plus forte qu’elle se laisse désirer, entrevoir, qu’elle laisse au lecteur une marge de manœuvre, un pouvoir, une liberté, le jeu et le plaisir de la deviner, de la trouver, comme une chasse au trésor entre les lignes, derrière les lignes – de front.
D’autant plus forte et pertinente qu’elle accepte de subir la confrontation, la contradiction, la mise à l’épreuve/en perspective avec son contraire, avec une certaine altérité – ici réduite à un système désincarné très très méchant, bouh.

Ce roman me rappelle une période dans la science fiction que je n’ai pas connue, trop jeune, mais un peu lu, celle des années 70 en France, ou l’idéologie de gauche (je n’ai pas dis gauchiste, pour les méchants cités plus haut j’en suis un moi aussi, et fier de l’être) prenait le pas dans certains romans sur la qualité littéraire, l’intrigue, les personnages, le véhicule en somme, jusqu’à être contre-productifs et à prêter le flanc aux critiques faciles du bord opposé, un comble!

Sans doute avons-nous besoin de ces idées ici et maintenant, et je les partage, avons-nous besoin de cette énergie vitale de Résistance dont Damasio sait si bien se faire le médium dans ses discours.
Mais sous cette forme paradoxalement obsolète d’un roman engagé au point de se perdre, au lieu de la plage promise, je n’ai trouvé qu’un pavé.

MUSIQUES DE DOCUMENTAIRES -TEASER

Voici un teaser avec des extraits de générique sur lesquels j’ai travaillé (sauf Melville), pour des documentaires cinéphiles, autour des cultures populaires, de Hitchcock à Henri Verneuil, en passant par le cinéma d’horreur américain et les blockbusters russes!
Ils ont été diffusé sur canal+, ciné+, C8, 13ème rue, et sont défendus aujour’dhui par Otago productions

TEASER SUR VIMEO

La newsletter dont vous êtes le héros! 1

Les règles du jeu: à la fin du paragraphe, faites votre choix pour continuer cette folle aventure interactive!
PARAGRAPHE 1.
Une mer de voiture s’étend à perte de vue. Immobilisé dans ta Toyota gris métal, tu te sens comme un saumon shooté aux antibiotiques, pris au piège comme des milliers d’autres.
Des heures que cela dure, pas un souffle de vent, aucun vague mouvement ne vient réveiller un espoir qui s’évapore lentement sous le soleil de plomb de ce retour de week-end. Dimanche 2 juin.
Week-end de l’ascension, descente aux enfers.
Maudite Tante Gertrude! Jamais tu n’aurais du accepter cette part de tarte tatin supplémentaire, elle en a profité pour sortir les albums de photos de famille, et tu es parti trop tard.
Il est 17H30. Paris n’est plus qu’à quelques kilomètres, tu as rendez-vous à 18H pour un extraordinaire concert. Comment vas-tu te sortir de ce guêpier?

Choisis ton paragraphe:

-Tu utilises ton super pouvoir de voyage dans le temps, LIS LE PARAGRAPHE 2
-Tu utilises ton super pouvoir de téléportation, LIS LE PARAGRAPHE 3
-Tu ne fais rien, LIS LE PARAGRAPHE 4

fin

PARAGRAPHE 8.
Tu es dans la rue de l’échiquier, devant le kibélé. Tu traverses la foule en terrasse, pénètre dans le bar. Sur ta gauche, un escalier en pierre un peu étroit, tu descends, tes pas résonnent à peine, doux silence, et la fraicheur te cueille comme le printemps la pâquerette.
En contrebas, une porte entrebâillée laisse passer un rayon de lumière, tu perçois des notes de musique, du piano et une voix d’homme, puis une guitare et une voix de femme. Tu t’arrêtes sur le seuil, les yeux fermés, immobile. Que l’embouteillage te paraît lointain. Lentement, tu pousses la porte…
A SUIVRE…
DATES EN PIANO SOLO

AU KIBELE, DIMANCHE 2 JUIN à 18H00 avec Elise Berthelier (12 rue de l’échiquier 75010)

EN BRETAGNE mini-tournée 21-22-23 juin avec Emma Damecour et Elise Berthelier

EN BOURGOGNE le 13 juillet avec Abel Chéret, Mon éléphant, et Elise Berthelier

A bientôt pour de nouvelles aventures interactives!

Kébéli

PARAGRAPHE 7.
Les voitures disparaissent en un clin d’oeil et te voilà ici. C’est très beau, et il fait un peu trop chaud, 55°C. Vite, la clim. Tu fermes les yeux, tu te concentres et tu visualises:
A6 direction paris au niveau du péage de Nemours, PARAGRAPHE 1

droite

PARAGRAPHE 6.
La mer de voitures s’étend toujours à perte de vue, mais étrangement silencieuses. Tu regardes les occupants des autres véhicules, ce ne sont plus que des squelettes grimaçant qui te fixent de leurs orbites vides. L’embouteillage ultime de la Mort…
Tu t’es trompé de direction! Dans quel futur es-tu tombé? Il n’y a sûrement plus ni musique, ni concert, ni culture…
Des toiles d’araignées couvrent l’intérieur de ton habitacle, et tu vois abasourdi tes jambes commencer à disparaître…

Tu tournes frénétiquement le volant dans l’autre direction en hurlant Zenrout à Ehcuag, PARAGRAPHE 2

gauche

PARAGRAPHE 5.
“Tu reprendras bien une part de tarte tatin?”
Assis confortablement dans un divan, tu n’en crois pas tes yeux, Tante Gertrude te fait face, exactement comme plus tôt dans l’après-midi. Plus tôt? Sur l’horloge accrochée au mur, il est 14H00! Ça a fonctionné!
“Non merci Tata, je suis vraiment pressé, je dois y aller. J’ai rendez-vous à 18H pour un super concert au Kibélé, tu sais, au 12 rue de l’échiquier à paris. Si je pars maintenant, je suis sûr d’être à l’heure”
Tu l’embrasses sans lui laisser le temps de répondre, saisis ton portable sur la table basse, et fonce vers ta voiture, rayonnant.

Tu arrives à l’heure au PARAGRAPHE 8

erreur

PARAGRAPHE 4.
La colère des Dieux s’abat sur toi sous la forme d’une tornade, surgie de nulle part. Elle se dirige vers toi dans un bruit assourdissant, illuminée de l’intérieur par des flammes démoniaques. A sa surface se contorsionnent les visages gigantesques de chanteurs et chanteuses négligés. Elle n’a aucun effet sur la cohorte de véhicules. Tu respires, ce ne peut-être qu’une hallucination dûe à la chaleur et la fatigue. Mais ta Toyota se met à trembler de plus en plus fort, et la tempête divine s’approchent de toi, elle n’est plus qu’à quelques mètres…

Tu changes d’avis et demande miséricorde, PARAGRAPHE 1
Aucun autre choix n’est possible, c’est une question de vie ou de mort

teleportation

PARAGRAPHE 3.
Maitre GPS, célèbre derviche tourneur, t’a appris les rudiments de la téléportation. La technique est simple, il te faut le nom, l’adresse du lieu, et une grande concentration. Le flyer aurait fait l’affaire, mais qui garde un flyer?
Heureusement il y a ton portable! Ton portable…Une horrible vision t’assaille, la table basse de Tante Gertrude, et sur la table, le portable laissé à charger! Funeste oubli. Il va falloir utiliser une antique technologie qui a fait ses preuves: ton cerveau, appli mémoire. Quelle est l’adresse du concert?

21 rue du Damier, à Kébili, PARAGRAPHE 7
12 rue de l’échiquier, au Kibélé, PARAGRAPHE 8

temps

PARAGRAPHE 2.
Tu saisis ton volant à deux mains tout en récitant la formule que le grand maitre Rolex t’a appris un soir d’ivresse à Genève. Mais il y avait deux formules aux effets distincts, et le stress de l’embouteillage monstre encombre ta mémoire. Quelle phrase prononce-tu en hurlant (et tant pis pour les réactions des autres automobilistes)?

Zenrout à Ehcuag, en tournant le volant à gauche, PARAGRAPHE 5
Zenrout à Etoird, en tournant le volant à droite, PARAGRAPHE 6

En concert à la passerelle, samedi 12 janvier à 19H00


Je jouerai quelques morceaux, et il y aura pleins d’autres artistes présents!
Venez tous les vendredi et samedi de janvier pour les dernières de la passerelle, qui fermera ses portes définitivement à la fin du mois…
C’est bien triste, mais ne nous laissons pas abattre!
Merci à Daniel Zanzarra pour ce qu’il a fait, et fera!

LA PASSERELLE, 52 rue popincourt, 75011 PARIS

JUKO ET ELISE BERTHELIER EN CONCERT

JEUDI 15 NOVEMBRE À 21H À L’OGIB, 15 RUE LAVOISIER, MONTREUIL
PAF : 8/10 EUROS


JUKO, PIANO/VOIX/MACHINES
Avec Olivier Soubeyran (violoncelle électrique) et Mario Cimenti (batterie, samples)

“Entre cyber-chanson rock et interlude ambient, il façonne des morceaux intimes d’une violente noirceur… » (longueurs d’onde)
Juko, pianiste, chanteur, se joue des machines, ne plie l’échine, ni ne tend la joue. Il vous emmènera dans des contrées personnelles en français et en anglais, pour s’y perdre, avec effroi, rires et délice, main dans la main.
Mélancolie de l’enfance, colères du présent et futurs en questions, un programme singulier à découvrir.


ELISE BERTHELIER, CHANT/GUITARE

Elise Berthelier a le talent de nous promener de l’éclat de rire à la petite larme sans même qu’on s’en soit rendu compte. Chacune de ses chansons est un petit sketch cinématographique qui nous embarque dans une histoire, son histoire peut-être, qu’elle nous dévoile par bribes avec légèreté, précision et finesse. Si on ajoute à ça qu’elle écrit et compose ses chansons et qu’elle s’accompagne sur scène à la guitare, on aura dressé le portrait de l’artiste couteau suisse qu’elle est.
https://www.facebook.com/elisemusic.fr/

AGENDA SEPTEMBRE – oh yeah oh yeah!

Dimanche 16 septembre à 15H00 au Square Villemin (14 rue des récollets, paris 10)

Je chanterai 4 chansons en compagnie de 8 chanteurs, à l’invitation d’Elise Berthelier. N’oubliez pas vos sandwiches (de préférence jambon-beurre).

Jeudi 20 septembre au café l’Age d’or (26 rue du Docteur Magnan, Paris 13 à 20H30

Je serai en duo avec l’excellent Olivier Soubeyran au violoncelle électrique.
Entrée libre.

@ bientôt!
Juko

Les concerts de la rentrée!


Bonjour tous! Une rentrée comme ça, j’ai pas envie d’en sortir!
Plusieurs concerts se profilent (tous dans la région parisienne, amis de province, je viens quand vous voulez), seul, en groupe, avec d’autres artistes, à vous de choisir.

VENDREDI 31 AOUT à 19h00, à la passerelle, 52 rue popincourt, Paris 11ème
Soirée foule sentimentale, je jouerai quelques morceaux en piano voix. Il y aura aussi Norin Radd / Fedecki / Morjane Ténéré / Charline Finat / Lucas Scali Eles

DIMANCHE 16 SEPTEMBRE à 15H00 au kiosque du jardin Villemin, 14 rue des récollets, Paris 10ème
A l’invitation de Elise Berthelier, je jouerai en solo, et il y aura aussi Muriel Righeschi, Mon éléphant, Abel Chéret, Emma Damecour, Lucie, Jessica, Alice et sa pianiste japonaise!

JEUDI 11 OCTOBRE à 19h45 au kibélé, 12 rue de l’échiquier, Paris 10ème
Je partagerai la scène avec Elise Berthelier

EN NOVEMBRE à Montreuil, lieu secret!
Ouvrez les oreilles, une belle date avec Elise Berthelier se profile, il se pourrait même que je joue avec mon groupe! Plus d’infos très vite!

@ très bientôt