Rentrée en rang

Bien sûr autour de moi tout le monde s’en est sorti indemne. Bien entouré, des familles intelligentes, à l’écoute, aidante, au moins jusqu’au collège les souvenirs sont bons. Il nous semble dans notre vision d’adulte que l’école primaire était encore un endroit où le jeu avait sa place, l’innocence relative un espace. Efficacité, évaluation, punition viendraient plus tard. Mais comme dans tout enseignement, l’enseignant était bien sûr primordial. A lui d’amener à sa manière la bonne parole publique à l’élève, la mettre à sa portée dans le meilleur des cas, l’asséner déjà avec brutalité si vous tombiez sur un cryptofasciste.
J’ai mis les pieds dans la classe, les souvenirs ont afflué, là c’est l’école des grands. La vraie école, celle où l’on devient élève, où l’on découvre des mots étrange comme travail, devoirs. Où le programme de CP à l’échelle d’un enfant de 6 ans est chargé comme des journées de cadre supérieur…Il s’agit d’être à la hauteur, le temps est compté, il en reste peu pour souffler. Surtout se coucher tôt. Je crois que ma fille va avoir certaines journées plus chargées que les miennes. Et surtout, il n’y aura pas beaucoup de temps pour le Jeu.
Car le Jeu est dangereux. Comme le plaisir. C’est le Mal. Le maladie honteuse qui a explosé en 68 à la face des braves gens qui depuis ne cessent de vouloir en guérir nos petits monsieur et madame.
L’école est pensée par des adultes pour les enfants. Ces adultes sont fatigués, leur vie est difficile. L’amertume, l’aigreur sont les poisons d’existence vouée à l’utilitarisme (utilisons le vocabulaire de l’adversaire), où la compétition sans fin de tous contre tous vide chacun de son humanité, comme un fardeau pesant qui empêche de courir vite. Mais comme on ne franchit la ligne d’arrivée que les pieds devant, la récompense est maigre, et se transforme en une insupportable arnaque. Alors l’école est à l’image des adultes qui la font. L’enfant est encore considéré comme un gêneur. Son immense privilège de savoir jouer est une provocation à l’adulte inerte, un miroir qui lui renvoi l’image douloureuse d’une vie sans rires. Dés lors il sera puni en lui niant l’immense pouvoir pédagogique de cet élan pourtant essentiel, qui devrait être un tremplin fabuleux pour le savoir.
Je n’en reviens toujours pas d’avoir entendu un “spécialiste” de la pédagogie s’exclamer un jour à la radio: “il faudra bien finir par comprendre que l’on est pas à l’école pour se faire plaisir mais pour apprendre”.
Fabuleux. Comme s’il y avait incompatibilité. Alors que c’est là la chance extraordinaire des enseignants de pouvoir en tirer parti.
Malgré tout ça, il y a des enseignants qui résistent de l’intérieur. Et alors il s’agit de chance, de tomber sur la bonne personne dont l’énergie et l’enthousiasme transformera des exigences démesurées, des programmes lourds, en plaisir d’apprendre, malgré les innombrables obstacles sur le parcours, qui ont pour nom évaluation, résultat, punition. Des notions assumées par une partie du corps de l’éducation nationale, et des parents, sans honte, avec force. J’en reste baba.
Notons que malgré ce bombardement de connaissance et ces horaires de malade, la France est considérée comme tout à fait à la traîne dans l’apprentissage des connaissances de bases.
Je suis très impressionné par tout ce que cristallise et symbolise l’éducation nationale de la vision d’une société sur elle-même. C’est mon premier contact avec cette réalité en tant que parent conscient des enjeux. La maternelle c’était gentil et tranquille, mais là c’est du sérieux. On est plus là pour rigoler.
Comme quoi la liberté est notre plus grande peur.
Et, pour finir avec un peu d’autocritique, celle d’abandonner mon enfant à une grosse machine très très méchante aussi…

3 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *